La carte devenue foulard
Lors d’un voyage d’approvisionnement à Yiwu en 2024, Michael Zhan a passé trois jours à parcourir les itinéraires des vieux arbres en compagnie des anciens du village. Entre deux tasses de pu-erh Má Hēi et Wān Gōng, il a esquissé une carte rudimentaire — non pour s’orienter, mais pour se souvenir de l’ordre des villages et du relief des collines. Cette page de carnet est restée glissée dans son sac de terrain jusqu’au début de cette année, lorsque notre équipe a commencé à imaginer des foulards comme une nouvelle manière de porter la géographie du thé.
Michael a collaboré avec un petit imprimeur de Jinghong, aux abords de Xishuangbanna, pour transposer son croquis en sérigraphie. La carte retrace le circuit classique de Yiwu : huit villages — de Gaoshan à Yibi — chacun marqué d’un caractère « thé » dessiné à la main. Les courbes de niveau sont rendues en sépia, clin d’œil aux anciennes cartes topographiques utilisées par le bureau du thé dans les années 1950. Le fond est un indigo sourd, la même nuance que le ciel au-dessus de la canopée des arbres anciens de Yiwu à l’aube.
La soie elle-même est un twill de 12-momme, choisi pour son tombé net et sa capacité à retenir l’encre d’impression sans bavure. L’ourlet roulé à la main est réalisé par un groupe de femmes dans le même atelier — chaque foulard demande environ 45 minutes pour être roulé et cousu. Le fixateur de teinture naturel est une recette locale : un lavage à l’huile de graines de thé et à la chaux qui fixe les couleurs et confère à la soie son léger parfum terreux.
Chaque foulard est numéroté et livré avec une carte indiquant les huit villages en chinois, en pinyin, et une brève orientation — un morceau de savoir de terrain à porter, pas qu’un simple souvenir.